Une fois le repas terminé, Christian attendit que Lionel replie son couteau et le mette dans sa poche. Il ne bougeait pas, mais il ne put s'empêcher de jeter un rapide coup d'œil vers lui: Lionel avait les yeux à demi fermés, et un regard dur filtrait vers lui, entre les cils clairs et serrés; les lèvres étroites et pincées étaient l'image même d'une hostilité évidente. Christian en fut saisi, et baissa précipitamment la tête. Il comprit d'emblée que les jours à venir seraient sans doute difficiles en présence de Lionel. Mais ses pérégrinations passées lui avaient appris que les grandes personnes peuvent se montrer très méfiantes envers les enfants qu'elles ne connaissent pas encore, aussi il se dit en lui-même que peut-être les relations pourraient s'arranger. La présence de Mickaël lui faisait envisager des moments plus agréables, d'autant plus que celui-ci, cheveux clairs et visage ouvert, lui avait jusqu'à présent, manifesté un intérêt poli, mais prometteur.
Ce soir-là, Emma décida qu'après cette journée fertile en émotions, les enfants se coucheraient de bonne heure, et après avoir donné un pyjama, elle dit à Mickaël d'emmener Christian dans leur chambre. Ils montèrent donc, et après s'être changé, Christian se glissa entre les draps. Ils sentaient bon la lessive fraîche, mais le tissu de coton rêche grattait un peu la peau. Il était fatigué, il s'enfonça avec délices au creux du lit, et s'endormit d'un sommeil sans rêve. Un peu plus tard, il sentit très furtivement une présence à ses côtés: Mickaël venait de le rejoindre.
Le lendemain, ce fut le chant du coq qui le réveilla en sursaut. La surprise fut de courte durée, et il prit le temps d'apprécier ce moment rare où il se sentait merveilleusement bien dans son lit tiède. Mais il appréhendait légèrement le moment de descendre l'escalier pour se retrouver face à son nouvel environnement. Il s'habilla néanmoins et se retrouva bientôt dans la pièce commune. Jocelyne dormait encore dans son petit lit. Emma l'examina avec bienveillance, lui demanda s'il avait bien dormi, et lui dit de s'asseoir pour déjeuner. Il avait faim. Le lait chaud accompagné de pain beurré l'enchanta. Pendant qu'il mangeait, Emma lui expliqua que Mickaël et lui devaient faire leur lit chaque matin après le déjeuner, sans oublier de "brasser la paillasse", ce que, sur le moment, il ne comprit pas. Il se dit, à juste raison, que l'explication viendrait sans doute rapidement. Elle ajouta que la toilette se ferait juste après, avec l'eau disponible tout à côté, et que Mickaël lui montrerait comment faire. Ils remontèrent tous les deux dans la chambre, et Mickaël enleva toute la literie de leur couche. Christian vit alors une sorte de sac rectangulaire plat, de la dimension du lit, posé sur le sommier. Mickaël plongea un bras par une ouverture cousue dans la toile, et l'agita vigoureusement: on entendait nettement un brassage de feuilles sèches. Mickaël lui expliqua que dans ce "matelas" un peu spécial, on mettait des feuilles d'épis de maïs séchées, que l'on changeait chaque année après les récoltes. Cela faisait une paillasse confortable, quoiqu'un peu bruyante –mais on s'habituait- qu'il fallait aérer, "regonfler", pour la nuit suivante. Après quoi, le lit fut refait.
Après ce premier étonnement de la journée, Christian redescendit pour la toilette.
Arrivé en bas de l'escalier, il vit face à lui un renfoncement rectangulaire dans le mur , juste avant l'entrée dans la salle commune. C'était un évier rudimentaire cimenté dans lequel était posé un seau d'eau. Il n'y avait pas d'eau courante dans la maison, pas de robinet. Sur le seau était posé ce qui lui parut un instrument bizarre: une sorte de petite casserole métallique dont le manche partait du fond. Ses particularités étaient sa longueur, environ quarante centimètres, le fait qu'il était creux, et que son diamètre s'amenuisait progressivement jusqu'à son extrémité. Il suffisait donc de remplir la casserole et de poser l'ensemble en équilibre sur le rebord du seau: l'eau s'en écoulait en un mince filet et l'on pouvait ainsi utiliser de l'eau sans la gaspiller. La "quessotte" était à l'époque un instrument banal dans les fermes du Poitou. Bien sûr, il fallait approvisionner le seau de temps en temps. Le puits, dans la cour y pourvoyait.
Christian rencontrait cet instrument pour la première fois, ce fut un étonnement de plus. Emma donna un gant et une serviette aux enfants, et la toilette fut rondement menée… Ils remontèrent s'habiller et ils furent bientôt libres de s'amuser dans la cour. Emma allait s'occuper de Jocelyne. Christian était impatient de découvrir son nouveau domaine en compagnie de Mickaël.
Lisant récemment mon journal quotidien habituel, j'y ai trouvé, dans le courrier des lecteurs, ce texte, qui fait écho à ma propre vision d'un monde à des années lumière de celui dans lequel nous vivons aujourd'hui. Peut-être suscitera-t'il d'autres échos... Utopie, ou formidable espoir...?
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Je rêve d'une humanité où chaque individu serait conscient de chacune de ses pensées, de chacune de ses paroles, de chacune de ses actions.
Je rêve d'une humanité qui s'émerveillerait au quotidien de la beauté du monde minéral, de la sérénité du monde végétal, de l'exubérance du monde animal.
Je rêve d'une humanité où chacun s'aimerait au point de ne jamais rien entreprendre qui nuise à sa santé, à son épanouissement, à ses bonnes relations avec autrui et le monde environnant.
Je rêve d'une humanité où chacun serait le créateur joyeux de son emploi et le maître de son chemin de vie.
Je rêve d'une humanité libérée par la connaissance de ses anciennes croyances limitantes.
Je rêve d'une humanité où tous auraient à cœur de donner pour recevoir.
Je rêve d'une humanité qui partirait à la conquête de ses rêves avec la force de la joie, la confiance du technicien, la tendresse de l'amoureux.
Je rêve d'une humanité qui emploierait toute son intelligence à s'unifier, à comprendre ses différences pour les accepter, à partager ses expériences pour avancer ensemble.
Je rêve d'une humanité capable de vivre et d'apprécier complètement chaque instant présent au point de s'affranchir de toutes ses peurs.
Je rêve d'une humanité adulte, responsable de ses actions sur la planète et sur tous les êtres vivants qu'elle porte.
Je rêve d'une humanité consciente de son rôle futur de guide et de créateur.
Je rêve d'une humanité accomplie dont le pouvoir fécondant unifié ensemencerait l'univers.
Erik Gruchet.
"La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit". Oscar Wilde
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