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Oui, je sais. C’est un drôle de titre. Je n’imaginais pas l’écrire aussi vite…
Gilbert est décédé le 26 février dernier. Il était mon ami. Mon meilleur ami depuis cinquante ans. Nous avions fait connaissance à notre entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Savenay, près de Nantes où il habitait avec ses parents en centre-ville. Très vite, nous avons sympathisé. Il avait senti à sa manière la grande solitude qui m’habitait, l’absence de famille, de maison, d’affection. Et avec la pudeur de sentiments que je lui ai toujours connue, dissimulée derrière une faconde ironique et frondeuse, il m’avait apporté sa présence attentive, ses plaisanteries à deux balles, et son exubérance inépuisable dès qu’il sentait que je m’absentais dans mon labyrinthe brumeux.
Nous étions comme deux frères, deux complices, aussi bien dans le travail (très moyen le travail…), que dans la « déconne » (souvent poussée à un très haut niveau d’expertise…). C’était quelqu’un d’une extrême générosité, qui n’attendait rien en retour, quelqu’un de rare dans cette humanité souvent décevante que nous connaissons tous.
Nous avons partagé nos journées pendant trois ans, et nos bureaux d’élèves-maîtres côte à côte pendant deux de ces trois années (1960-63). Tous ses copains le surnommaient « Farouk », car il avait alors une courte barbichette qui le faisait ressembler, petite taille comprise, au roi Farouk d’Arabie. Il s’en amusait, bien sûr.
Nous étions très proches, et notre entente nous avait fait travailler ensemble, pendant les vacances d’été, deux années de suite, comme moniteurs de colonies de vacances, d’abord au château de la Turmelière à Liré (sur les anciennes terres de Joachim du Bellay), puis à Pornichet. Notre amitié s'en était trouvée renforcée. Je partageais ses joies, il partageait mes peines. L'inverse était aussi vrai.
Les hasards de la vie nous ont séparés, mais nous sommes restés en contact pendant toutes les années qui ont suivi. Et lorsque ma fille a été nommée stagiaire à Nantes, son amitié et sa grande générosité se sont manifestées : elle était, de son propre aveu, devenue « sa nièce ».
Gilbert nous a quittés, trop vite. Il devait être des nôtres début mai, pour fêter le cinquantième anniversaire de notre entrée à l’Ecole Normale. Nous avons tous ensemble évoqué sa mémoire. Pour la plupart d’entre nous, l’émotion était palpable.
Pour ma part, son absence soudaine m’a durement touché, et j’ai eu le sentiment d’une perte irréparable. C’est et ce sera toujours le cas. Mais Gilbert a rejoint, dans ce que j’appelle «Mon Panthéon personnel», tous ceux, disparus ou encore présents, qui m’ont tendu une main amicale ou secourable au bord du chemin cahoteux de ma jeunesse solitaire. Avec eux, il est dans mon cœur à jamais.
A sa famille et à tous ceux qui l’ont aimé, j’adresse mes condoléances émues.
Et pour conclure, je voudrais, dans un dernier hommage, évoquer l’ami disparu, chanté jadis par un autre Gilbert (Bécaud) :
L'ABSENT
Qu'elle est lourde à porter l'absence de l'ami,
L'ami qui tous les soirs venait à cette table
Et qui ne viendra plus, la mort est misérable,
Qui poignarde le coeur et qui te déconstruit.
Il avait dit un jour: "Lorsque je partirai
Pour les lointains pays au-delà de la terre,
Vous ne pleurerez pas, vous lèverez vos verres
Et vous boirez pour moi à mon éternité."
Dans le creux de mes nuits, pourtant, je voudrais bien
Boire à son souvenir pour lui rester fidèle,
Mais j'ai trop de chagrin et sa voix qui m'appelle
Se plante comme un clou dans le creux de ma main.
Alors je reste là au bord de mon passé,
Silencieux et vaincu, pendant que sa voix passe
Et j'écoute la vie s'installer à sa place,
Sa place qui pourtant demeure abandonnée.
La vie de chaque jour aux minuscules joies
Veut remplir à tout prix le vide de l'absence
Mais elle ne pourra pas, avec ses manigances,
Me prendre mon ami pour la seconde fois.
Qu'elle est lourde à porter l'absence de l'ami!
Qu'elle est lourde à porter l'absence de l'ami!
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A la vie, à la mort, Gilbert ! Je sais que nous nous reverrons un jour, ailleurs, sans doute, mais l'amitié véritable ne meurt jamais.
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ça y est ! je suis allée enfin voir ton article et m'abonner à ton blog. Tu sais me faire rire mais en lisant ton article, tu m'a fait pleurer. Message émouvant ! Gros bisous papa. Je t'aime. C'est sûr, on ne l'oubliera pas notre Gilbert, mon tonton d'adoption !