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L'article qui vient est presque la marque d'un anniversaire. De fortes turbulences ont troublé durablement ma vie. C'est anecdotique quand on voit la folie du monde. Je poursuis donc ma route, et reprends mes histoires d'avant. Le précédent article date d'un an presque jour pour jour. La relation de ce parcours initiatique (toutes proportions gardées) me permet, entre autres, de mesurer le chemin accompli. C'est en quelque sorte mon bâton de pélerin...
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Rentrée scolaire (suite)
Christian avait contourné le petit jardin public près de la maison et rejoint la rue centrale du bourg. Il avançait d’un bon pas, tous ses sens en éveil. Il était un peu inquiet d’aller ainsi vers l’inconnu total, mais en même temps, il sentait en lui une pointe d’excitation. Il rejoignit bientôt quelques rares petits groupes d’enfants, et ralentit son allure. Il fut dévisagé en un éclair, et se rendit compte que le volume des voix avait diminué à son approche. Ils arrivèrent bientôt devant une large grille fermée jouxtée d’un portillon métallique ouvert. La cour intérieure était déjà pleine d’enfants agités.
Il entra à son tour, et alla s’adosser à un mur, préférant s’isoler et observer, quelque peu dubitatif. Bientôt quelques enfants s’approchèrent, curieux, et essayèrent d’engager la conversation, mais Christian restait muet. Ils n’insistèrent pas et repartirent en riant sous cape, se moquant de lui quelque peu. Lui était désorienté. Il se sentait misérable : le monde extérieur lui paraissait hostile, plus encore, menaçant. Il sentit tout à coup une irrépressible envie de fuir. Il analysa en une fraction de seconde son environnement : d’un côté la classe qui l’attendait, de l’autre la grille infranchissable. Il toucha du doigt son impuissance irrémédiable. Il perçut tout à coup l’appel d’une voix féminine : la maîtresse mettait les enfants en rang. Il quitta, à regret son mur protecteur, et arriva, bon dernier, dans la file. Bientôt, il pénétra à son tour dans la vaste salle de classe. Il fut tout à fait soulagé de se glisser dans un banc où il n’avait pas de voisin, au dernier rang.
Personne ne s’occupait du nouveau. La maîtresse s’adressa à la classe pour un petit mot traditionnel de bienvenue. Il l’observa attentivement : une femme mure, qui lui paraissait âgée, au visage bienveillant, et qui lui semblait ravie de retrouver ce groupe d’enfants, du CP au CE2. Sur ses indications, tous trouvèrent leur matériel de travail dans les pupitres, qui faisaient aussi office de coffre. Il y avait là l’ardoise, avec son crayon spécial (une gaine métallique à pinces contenait le « crayon » à l’avancement réglable), une petite éponge en mousse dans une boite plastique, un cahier réglé à deux lignes pour l’écriture, et un crayon de papier. Ils allaient pouvoir travailler sur le plan incliné de leurs bureaux.
Pendant cette première journée, Christian ne se sentit guère concerné par son milieu extérieur proche. Ses pensées s’évadaient loin de lui, il ne pouvait s’empêcher de revenir sur les semaines écoulées qui l’avaient amené ici. Il était dans son monde intérieur, dans lequel il tournait en rond sans trouver d’issue. Il attendait l’impossible. Il attendait un signe, un peu d’intérêt, un peu d’amour.
Les jours passèrent. Il réalisa bientôt que ses regards furtifs autour de lui rencontraient de plus en plus souvent ceux de l’institutrice. Il ne travaillait que mollement. Ses efforts d’écriture n’étaient guère couronnés de succès. Mais la maîtresse venait de plus en plus souvent guider sa main hésitante, et l’encourager. Il sentit très vite que cette proximité apaisante lui faisait du bien. Puis il découvrit que faire des efforts devenait gratifiant pour deux raisons : la maîtresse s’intéressait visiblement à lui, et avec les résultats positifs, il découvrait le système des bons-points. Ils flattaient son envie de réussir : l’institutrice échangeait dix bons-points contre une belle image faunesque ou florale du plus bel effet, et Christian découvrait ainsi le monde naturel. Cela lui plaisait.
Tous ces détails accumulés lui rendirent un peu d’espoir, celui de trouver une place dans son environnement qui lui paraissait un peu moins hostile. Il s’ouvrit petit à petit à ses camarades de classe, et mieux, se rapprocha de quelques-uns qui lui manifestaient un intérêt accru. Il commença à nouer des amitiés. Il se sentit moins seul. Il découvrit quelques temps plus tard que, bizarrement, l’école était devenue pour lui une sorte de famille, et qu’il s’y sentait mieux que dans le foyer qu’il habitait. Le mois d’octobre touchait à sa fin. Christian s’était difficilement intégré, mais dans sa classe, à l’abri rassurant de ses murs, il se sentait bien.
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