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Histoires d'avant

Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /2009 09:12
Rentrée scolaire

La semaine touchait à sa fin. Christian avait progressivement pris possession de son espace extérieur, soit avec Mickaël, soit seul, ce qu'il préférait. Il avait déjà repéré quelques petits coins agréables, un surtout, dans la grange la plus éloignée, où il pourrait se réfugier s'il souhaitait s'isoler. Il avait souvent besoin de réfléchir à sa situation, même s'il savait ne rien pouvoir faire pour la modifier en quoi que ce soit. L'exploration de la cour et de ses dépendances l'avait occupé suffisamment pour installer en lui un voile d'oubli momentané. Mais il sentait bien que ça ne durerait pas.

Le dimanche matin, au moment de sortir dans la cour, il vit Emma qui posait sa valise sur la table commune. Intrigué, il s'arrêta pour l'observer. Ayant palpé rapidement quelques pièces de vêtements, Emma sortit de la valise une chaude chemise à manches longues, un pantalon marron de style "culottes de golf" et des chaussettes épaisses. Regardant Christian avec un sourire, elle lui dit: "Ce sera pour demain". Et devant son air interloqué, elle ajouta: "Pour l'école".

 Christian accueillit l'information avec calme – il ne souriait quasiment jamais – mais il était intérieurement ravi. Il avait hâte de connaître le reste du bourg et de retrouver un univers auquel il avait déjà goûté, l'école. Il voyait à travers elle le moyen d'échapper partiellement à l'atmosphère parfois un peu lourde en présence de Lionel, le moyen d'oublier momentanément qu'il y serait de nouveau confronté le soir, quand celui-ci rentrerait de son travail.

Le reste de la journée ne fut donc plus qu'une longue attente. Christian se satisfaisait de petits bonheurs fugitifs, comme cet espoir de jours meilleurs et de nouveaux visages de son âge. Il appréhendait un peu l'inconnu, mais il était habité par une grande soif de nouveautés. La journée s'étant déroulée sans autre évènement notable, et après une nuit assez sereine, le matin du grand jour arriva.

 Le petit-déjeuner fut vite expédié, puis Emma vérifia soigneusement la toilette. Christian enfila ses vêtements neufs, au parfum si particulier. Il se sentit un peu gauche dans son nouvel accoutrement, puis il se dit que l'habitude viendrait sans doute assez vite. Emma lui apporta alors ses nouvelles chaussures. C'étaient des galoches, des brodequins au cuir souple, à lacer sur le cou-de-pied, munis de semelles en bois épais. Déjà, ses bas de pantalons (bouffants, serrés à la cheville) l'avaient laissé pensif, mais lorsqu'il se mit debout, il avait brusquement gagné quelques centimètres en hauteur: l'effet était grisant… Les premiers pas se chargèrent de le ramener à la réalité: il avait l'impression d'une chute imminente. Quand il eut fait le tour de la table, sa démarche, au début hésitante, s'était notablement raffermie. Emma lui tendit alors son dernier vêtement: une pèlerine à capuche, en tissu bleu foncé imperméable, qui recouvrait tout le corps, bras compris. Des fentes à rabats sur le devant permettaient de sortir les mains en cas de besoin. Emma le regarda, le fit reculer, le regarda de nouveau. Hochant la tête, elle dit :"Bon, ça ira. J'espère que tu prendras soin de tes affaires. Tu n'emmènes pas de sac pour l'instant. La maîtresse te donnera ce qu'il te faut pour travailler. L'école est dans la rue principale, du côté du château d'eau. Suis la rue jusqu'à la trouver. Tu verras, c'est facile… et… ne traîne pas en route!"

 Christian sortit dans la cour. Le jour se levait à peine, tout était encore sombre. Jetant un dernier regard à Emma sur le pas de la porte, pour se donner du courage, il s'engagea dans la rue. Il leva les yeux vers la colonne massive du château d'eau, tout à côté, et se dirigea à petits pas hésitants (galoches obligent…!) vers son avenir.


Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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Mardi 5 août 2008 2 05 /08 /2008 14:23

Une fois le repas terminé, Christian attendit que Lionel replie son couteau et le mette dans sa poche. Il ne bougeait pas, mais il ne put s'empêcher de jeter un rapide coup d'œil vers lui: Lionel avait les yeux à demi fermés, et un regard dur filtrait vers lui, entre les cils clairs et serrés; les lèvres étroites et pincées étaient l'image même d'une hostilité évidente. Christian en fut saisi, et baissa précipitamment la tête. Il comprit  d'emblée que les jours à venir seraient sans doute difficiles en présence de Lionel. Mais ses pérégrinations passées lui avaient appris que les grandes personnes peuvent se montrer très méfiantes envers les enfants qu'elles ne connaissent pas encore, aussi il se dit en lui-même que peut-être les relations pourraient s'arranger. La présence de Mickaël lui faisait envisager des moments plus agréables, d'autant plus que celui-ci, cheveux clairs et  visage ouvert, lui avait jusqu'à présent, manifesté un intérêt poli, mais prometteur.

Ce soir-là, Emma décida qu'après cette journée fertile en émotions, les enfants se coucheraient de bonne heure, et après avoir donné un pyjama, elle dit à Mickaël d'emmener Christian dans leur chambre. Ils montèrent donc, et après s'être changé, Christian se glissa entre les draps. Ils sentaient bon la lessive fraîche, mais le tissu de coton rêche grattait un peu la peau. Il était fatigué, il s'enfonça avec délices au creux du lit, et s'endormit d'un sommeil sans rêve. Un peu plus tard, il sentit très furtivement une présence à ses côtés: Mickaël venait de le rejoindre.

 

Le lendemain, ce fut le chant du coq qui le réveilla en sursaut. La surprise fut de courte durée, et il prit le temps d'apprécier ce moment rare où il se sentait merveilleusement bien dans son lit tiède. Mais il appréhendait légèrement le moment de descendre l'escalier pour se retrouver face à son nouvel environnement. Il s'habilla néanmoins et se retrouva bientôt dans la pièce commune. Jocelyne dormait encore dans son petit lit. Emma l'examina avec bienveillance, lui demanda s'il avait bien dormi, et lui dit de s'asseoir pour déjeuner. Il avait faim. Le lait chaud accompagné de pain beurré l'enchanta. Pendant qu'il mangeait, Emma lui expliqua que Mickaël et lui devaient faire leur lit chaque matin après le déjeuner, sans oublier de "brasser la paillasse", ce que, sur le moment, il ne comprit pas. Il se dit, à juste raison, que l'explication viendrait sans doute rapidement. Elle ajouta que la toilette se ferait juste après, avec l'eau disponible tout à côté, et que Mickaël lui montrerait comment faire. Ils remontèrent tous les deux dans la chambre, et Mickaël enleva toute la literie de leur couche. Christian vit alors une sorte de sac rectangulaire plat, de la dimension du lit, posé sur le sommier. Mickaël plongea un bras par une ouverture cousue dans la toile, et l'agita vigoureusement: on entendait nettement un brassage de feuilles sèches. Mickaël lui expliqua que dans ce "matelas" un peu spécial, on mettait des feuilles d'épis de maïs séchées, que l'on changeait chaque année après les récoltes. Cela faisait une paillasse confortable, quoiqu'un peu bruyante –mais on s'habituait- qu'il fallait aérer, "regonfler", pour la nuit suivante. Après quoi, le lit fut refait.

Après ce premier étonnement de la journée, Christian redescendit pour la toilette.

Arrivé en bas de l'escalier, il vit face à lui un renfoncement rectangulaire dans le mur , juste avant l'entrée dans la salle commune. C'était un évier rudimentaire cimenté dans lequel était posé un seau d'eau. Il n'y avait pas d'eau courante dans la maison, pas de robinet. Sur le seau était posé ce qui lui parut un instrument bizarre: une sorte de petite casserole métallique dont le manche partait du fond. Ses particularités étaient sa longueur, environ quarante centimètres, le fait qu'il était creux, et que son diamètre s'amenuisait progressivement jusqu'à son extrémité. Il suffisait donc de remplir la casserole et de poser l'ensemble en équilibre sur le rebord du seau: l'eau s'en écoulait en un mince filet et l'on pouvait ainsi utiliser de l'eau sans la gaspiller. La "quessotte" était à l'époque un instrument banal dans les fermes du Poitou. Bien sûr, il fallait approvisionner le seau de temps en temps. Le puits, dans la cour y pourvoyait.

Christian rencontrait cet instrument pour la première fois, ce fut un étonnement de plus. Emma donna un gant et une serviette aux enfants, et la toilette fut rondement menée… Ils remontèrent s'habiller et ils furent bientôt libres de s'amuser dans la cour. Emma allait s'occuper de Jocelyne. Christian était impatient de découvrir son nouveau domaine en compagnie de Mickaël.

Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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Vendredi 7 mars 2008 5 07 /03 /2008 12:08
(Pour des raisons faciles à comprendre, les  noms et prénoms munis d'un astérisque  ont été changés)

Ils entrèrent de nouveau dans la maison, et Christian eut un élan réprimé instinctivement vers sa valise. Il se rendait compte tout à coup que c’était son seul bien, et un immense fardeau pesa soudain sur ses épaules. Jocelyne était tout près de lui et posait de grands yeux étonnés sur ce qui l’entourait, mais lui se sentait misérable, inquiet, et plus seul que jamais. Leur gardienne, Emma*, voyait bien que les enfants étaient apeurés dans cet environnement nouveau pour eux, aussi s’ingénia t’elle à les rassurer : elle ouvrit les valises, et leur dit : " Voyons toutes ces belles choses que vous avez apportées ! " Les enfants suivirent avec intérêt le déballage des premiers vêtements, mais bien vite, Jocelyne s'approcha de l'unique fenêtre et se perdit dans la contemplation des poules, dont les battements d'ailes l'avaient alertée. Christian, lui, était très attentif à l'inventaire et se demandait quand il aurait l'occasion de mettre les beaux souliers noirs qu'il voyait briller de tout leur éclat du neuf  dans la valise…

Puis Emma* dit à la petite d'aller devant la maison, dans la cour et de ne pas s'éloigner, et elle fit visiter à Christian le reste de la maison. Au rez -de chaussée, une chambre faisait face à l'entrée de la salle à manger. Ils gravirent un escalier de bois et entrèrent à gauche. Il y avait là deux chambres, l'une sur l'arrière, sans fenêtre, et l'autre donnant sur la cour. La première était celle des deux plus jeunes fils, dont l'un, employé dans une ferme des environs, venait de temps en temps, et l'autre chambre était celle de l'aîné. Emma dit à Christian:"Tu dormiras avec Mickaël* quand Arnaud* sera absent, et quand il reviendra, tu dormiras dans l'autre chambre avec Lionel*. Ta sœur dormira en bas dans le petit lit blanc, au pied de mon lit".

Avant de redescendre, Christian vit que la partie à droite du palier était un immense grenier sombre. Cela lui causa un vague malaise.

Emma était seule avec les enfants, et ils partagèrent leur premier repas à la grande table familiale. Il fut vite expédié, car l'appétit n'était guère au rendez-vous face à la tension ambiante. Puis Emma leur dit d'aller jouer dans la cour. Ils pouvaient dit-elle aller partout, sauf sur la route, et devaient faire attention dans les granges ouvertes où se trouvaient de vieux outils agricoles. Christian sortit, très satisfait de cette liberté toute neuve, accompagné de Jocelyne, qui ne le quittait pas d'une semelle, et ils commencèrent la découverte de leur univers. Au début, ils observèrent les volailles, nombreuses, qui s'écartaient à leur approche, mais ils n'osaient pas trop bouger, car ils étaient impressionnés par les coqs, qui, semblait-il, les regardaient de travers… Finalement, ils s'enhardirent, et bientôt, ils cohabitèrent dans une prudente réserve…

Christian et Jocelyne passèrent une partie de l’après-midi à découvrir leur nouveau domaine, lequel était plutôt vaste et varié. Il était aussi plein de recoins à visiter, qui ne se laissaient pas deviner tout de suite. Dans la grange à l’extrémité de la cour, une partie était occupée par un cabriolet à attelage, basculé vers l'arrière, recouvert de toile noire imperméable rabattable . Ses brancards joliment incurvés se dressaient vers le ciel. Tout à côté, l’autre partie comportait un espace fermé – Christian visiterait plus tard le chai – et un étage desservi par un escalier extérieur. Les deux enfants en poussèrent la porte et virent un épandage de pommes, sur le plancher, qui étaient là en réserve pour l’automne. Tout les intéressait. Comme tous les enfants, ils étaient curieux. Aussi ne s’ennuyèrent-ils pas une seule seconde.

Vers le milieu de l’après-midi, ils entendirent Emma les appeler, et elle leur donna à chacun une immense tartine de confiture, qui fut acceptée avec reconnaissance. Elle  leur dit qu’il fallait goûter vers quatre heures, car les hommes de la famille rentraient un peu tard, et il fallait tenir jusqu’au diner.

Effectivement, quand la lumière extérieure commença à baisser, on entendit une pétarade : un vélomoteur approchait, et bientôt entra dans la cour. Un adulte et un jeune garçon en descendirent. Christian les regarda approcher avec un peu d’appréhension, et il préféra les précéder dans la maison.

Emma lui présenta Lionel, l’aîné, proche de la trentaine, et Mickaël, le frère cadet, qui avait une dizaine d’années. Lionel, le visage fermé, scruta les deux enfants, et marmonna un bonsoir, lui aussi indéchiffrable, et Mickaël esquissa un petit sourire de bienvenue.

Très vite, ils passèrent à table. Emma attendit que tout le monde soit assis. Puis Lionel sortit de sa poche un couteau, dont il déplia la lame, et le posa à côté de son assiette. Dès lors, Emma commença à remplir les assiettes de soupe au pain, en commençant par celle de Lionel.

Christian avait suivi d’un œil attentif tous ces détails. Il s’interrogea sur cette sorte de rituel auquel il venait d’assister. Et soudain, il comprit : il avait devant lui " l’homme " de la famille. Emma n’avait pas, n’avait plus, de mari.

Le repas se déroula en silence. Christian, très impressionné, n'osait à peine bouger. Jocelyne, elle, mangeait sa soupe tranquillement, étrangère à la lourdeur de l'ambiance.

Pendant ce temps, Emma avait rempli son assiette et mangeait à son tour. Elle servit une deuxième fois son fils aîné. Christian avait fini. Il fit mine de descendre de son banc. Il entendit soudain: "Tsst, tsst !" Levant les yeux, il vit Emma qui balançait doucement la tête d'un côté à l'autre en signe de dénégation, et glisser un regard furtif à son fils. Christian se rassit, bien droit, les bras posés de chaque côté de son assiette, et ne bougea plus: il venait d'enregistrer sa première leçon…


Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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Mercredi 27 juin 2007 3 27 /06 /2007 15:14
            Christian avait dormi du sommeil de l’innocence, mieux que prévu, mais au réveil, un vague sentiment de malaise était revenu s’installer. Après avoir déjeuné, il attendit patiemment, mais un peu tendu, le retour de sa tutrice. Elle arriva bientôt, déjà en compagnie de Jocelyne, et ils prirent place dans la petite 4CV grise qui démarra alors vers une destination inconnue.

            Ils sortirent rapidement de la ville et se dirigèrent vers la campagne : des champs à perte de vue, ceinturés de haies, des pâturages où paissaient quelques vaches, ça et là, et puis des chaumes qui attendaient le labourage d’automne. Le soleil s’était invité au voyage, et Christian, comme à son habitude, savourait les grands espaces, les paysages qu’il découvrait avec gourmandise, les vols d’oiseaux, les moineaux dans les haies, quelques bandes d’hirondelles attardées, des étourneaux au loin… Il suivait tout cela avec des yeux écarquillés, et la tête un peu bourdonnante…

            Peu de temps après leur sortie de la ville, un clocher carré était sorti de la ligne d’horizon, comme planté au loin au milieu de la route. Et pendant tout le reste du voyage, l’édifice resta en ligne de mire : la voiture semblait se diriger vers lui. Bientôt, ils quittèrent la route principale et s’engagèrent sur une autre route plus petite. Au bout de quelques minutes, ils entrèrent dans un petit village aux rues étroites, et finalement le véhicule s’immobilisa dans une vaste cour entourée de bâtiments : une petite maison d’habitation à un étage, des granges où l’on apercevait un tombereau et quelques outils agricoles à traction animale, et quelques modestes remises fermées. Dans la cour, des volailles inquiètes s’étaient déjà éloignées dans un froissement d’ailes.

            Christian et Jocelyne étaient enfin arrivés dans ce qui allait être leur nouveau foyer.

Pendant qu’ils descendaient de l’automobile, une femme était sortie de la maison. Vêtue simplement, à la paysanne, elle semblait approcher de la cinquantaine d’années. Elle avait un visage avenant, éclairé d’un sourire accueillant. Elle fit quelques pas pour se porter au devant des visiteurs. Ayant salué la tutrice, elle les fit entrer.

Après être passé dans un petit vestibule, ils furent introduits dans la pièce principale d’habitation. C’était une salle au sol de terre battue aussi dure que du bois, au centre de laquelle trônait une immense table bordée de chaque côté de deux bancs. C’est la première chose que vit Christian, mais sa surprise fut encore bien plus grande lorsque son regard rencontra la majestueuse cheminée, deux fois plus haute que lui, avec des chenets à boule de cuivre et une crémaillère toute noire. Contre le mur d’en face il y avait un lit à deux places recouvert d’un édredon, et entre le lit et la cheminée, contre le mur, se dressait un buffet, sur lequel on remarquait un gros poste de radio.
                Un lit d’une personne, en fer forgé peint en blanc, était au pied du plus grand lit.

La tutrice des enfants s’adressa alors à Christian : « Mes enfants, voici votre nouveau foyer. Cette dame s’occupera de vous pendant quelques temps. Vous serez mieux ici qu’à l’hôpital. Christian, tu iras à l’école du village dans quelques jours. J’espère que vous serez bien, et que vous serez obéissants. Je prendrai de vos nouvelles régulièrement. Je vous dis donc à bientôt. Nous allons décharger vos valises. »

Une dizaine de minutes plus tard, Christian vit la petite voiture quitter la cour, avec un serrement de cœur, et il sentit une main prendre la sienne, pendant qu’une voix lui disait : « Viens, entrons chez nous … »

Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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Lundi 16 avril 2007 1 16 /04 /2007 12:14

Quelques instants plus tard, ils franchissaient une nouvelle porte. La première chose qui impressionna fortement Christian fut l’immensité de la salle, puis l’odeur caractéristique de vêtements neufs, et enfin la quantité de rayonnages qui garnissait les murs, tous occupés. Mais presque immédiatement, une évidence s’imposa : tout cela manquait de gaîté, les couleurs dominantes des vêtements étaient plutôt ternes, des gris, des marrons, des bleu marine, déclinés dans tous les dégradés possibles, quelques blancs, roses ou bleu ciel, rares.

Derrière un comptoir, une dame à l’air bienveillant les regardait s’approcher Elle sourit à l’enfant qui sentit son appréhension se dissiper comme par magie. Elle prit une valise derrière le comptoir, puis elle en fit le tour et vint prendre les mesures de Christian. Et pendant l’heure qui suivit, la valise s’emplit petit à petit de vêtements. Christian savait qu’ils étaient pour lui, et il en avait conclu que son avenir immédiat n’était pas forcément mauvais. Il attendit donc patiemment que son habillage se termine. Il s’acheva, en effet, par l’adjonction des paires de chaussures, au nombre de trois : des charentaises, à l’air très confortable, des souliers de ville, noirs et brillants, et des chaussures que Christian n’avait encore jamais vu : des galoches au cuir montant, sur  des semelles de bois très épaisses…

Bientôt, une deuxième valise, plus petite, reçut le trousseau annuel destiné à sa sœur. Puis ils quittèrent la salle. Ne voyant pas les bagages les accompagner, Christian imagina qu’il les reverrait sans doute bientôt.

Ils remontèrent dans la voiture, et environ dix minutes plus tard ils se présentèrent sous le porche d’une enceinte de hauts murs. L’entrée était fermée par une barrière basculante, et après un conciliabule extérieur, la voiture s’engagea dans un dédale d’allées entre de grands bâtiments. Christian comprit très vite qu’il était de nouveau à l’intérieur d’un hôpital, et une angoisse soudaine le saisit. La voiture s’arrêta devant un pavillon relativement modeste, et la dame en gris accompagna les enfants à l’intérieur. Voyant l’inquiétude sur le visage de l’enfant, elle lui dit qu’il allait passer la nuit là, mais qu’elle reviendrait les chercher, lui et sa sœur, le lendemain. Puis elle les laissa avec la fille de salle responsable du service.

Christian fut accompagné jusqu’à un petit dortoir de quelques lits, visiblement inoccupés, et la fille de salle lui dit qu’il pouvait choisir son lit pour la nuit. Elle lui indiqua aussi qu’elle reviendrait dans quelques instants pour l’emmener à la salle à manger du bâtiment.

Après le repas, Christian regagna le dortoir. Comme il n’avait pas d’occupation, et alors qu’il commençait à s’ennuyer, il préféra se coucher tout de suite. Le soir tombait lentement, trop lentement à son goût, et les ombres engloutissaient peu à peu les feuilles des arbres qu’il apercevait à travers les fenêtres. Il sentait son cœur battre pesamment dans sa poitrine, et ses oreilles bourdonner furieusement de l’entrelacement inextricable des pensées qui l’assaillaient, et de l’inquiétude qui le tenaillait. Mais bientôt, sa fatigue eut raison de lui, et il s’enfonça dans un lourd sommeil.

Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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Jeudi 22 février 2007 4 22 /02 /2007 14:19

Depuis quelques jours, la température extérieure s’était rafraîchie, et les arbres commençaient tout doucement à se dépouiller de leurs feuilles. Christian les regardait parfois tournoyer gracieusement jusqu’au sol. Son coeur était à l’unisson de cet automne empreint à la fois de la beauté des ors mourants et d’une certaine tristesse…Il aimait cette saison qui reflétait, lui semblait-il, une part de lui-même qu’il n’aurait su expliquer.

Ce jour-là, la fille de salle vint le chercher au réfectoire à la fin du repas, et lui demanda de venir dans sa chambre. Arrivés là, elle lui demanda de faire une toilette rapide et de se changer, car il allait quitter l’hôpital. Ce fut pour lui une bonne nouvelle, mais aussi une source d’anxiété, ne sachant pas ce qu’il allait advenir de lui.

La dame en gris était là, à l’accueil, en compagnie d’une infirmière qui avait Jocelyne dans les bras, et de la sœur concierge. Christian fut très heureux de renouer le lien fraternel, et l’échange de sourires parla de lui-même… Un taxi attendait dans la rue, et après quelques minutes de trajet, ils arrivèrent à la gare de Saint Maixent. Comme à l’accoutumée en cette saison, le ciel s’était assombri, et la grisaille s’était installée. Ils traversèrent le hall et se retrouvèrent sur le quai. Ils attendirent un peu, et Christian était tout plein de curiosité impatiente : il allait, pour la première fois, voyager en train ! Celui-ci arriva enfin le long du quai : c’était un autorail rouge et blanc de deux wagons, avec sa drôle de petite guérite sur le toit, une « Micheline » comme on disait alors. Ils s’installèrent. Christian prit d’autorité la place à côté de la fenêtre, et devint immobile. Dans un frémissement d’abord imperceptible, le train bougea et le paysage commença à défiler lentement devant les yeux écarquillés de l’enfant. Bientôt, il devint impossible d’entendre les conversations, à mesure que la vitesse augmentait. Pin-Pon Pim-im-im-im-imp ! Christian sursauta sur son siège. Le train venait de faire entendre sa voix puissante… Petit à petit, il s’habitua au vacarme et à la vitesse, et à l’intérieur de son corps, il ressentit bientôt des petits chatouillis, son cœur se mit à battre un peu plus fort : c’était un pur bonheur ! Il regardait avec un plaisir sans mélange le paysage arriver et disparaître rapidement devant lui, et, par moments, il découvrait des immensités jusqu’à l’horizon lointain qui lui donnaient confusément des sentiments d’explorateur.

Puis le train ralentit et s’arrêta. Ils descendirent et gagnèrent l’extérieur, où un taxi les attendait. Après un trajet très court, il se rangea devant un grand bâtiment où ils entrèrent.

Dans le hall, en face d’eux, un escalier monumental s’élevait, mais, à la grande surprise de Christian, ils se dirigèrent vers une porte au coin d’un couloir, et ils commencèrent à descendre un autre escalier, beaucoup plus étroit, dans un total silence…

Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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Jeudi 18 janvier 2007 4 18 /01 /2007 14:10

Le temps s’écoulait lentement, trop lentement au gré de l’enfant. L’école lui permettait de s’occuper l’esprit, mais il se sentait un peu perdu parmi les autres enfants d’âge varié - c’était une classe à plusieurs niveaux – et ses préoccupations personnelles étaient trop présentes à son esprit dès qu’il allait dehors. Il n’arrivait que difficilement à se mêler aux jeux collectifs de la récréation. Il était solitaire et triste.

Dès qu’il rentrait dans sa chambre, à l’hôpital, c’était pire encore. La tristesse se transformait en véritable désespoir qui évoluait souvent vers des crises de larmes. L’infirmière qui s’occupait des enfants avait remarqué son état, et s’efforçait de ne pas le laisser seul. Mais après l’extinction des lumières du soir, la solitude s’installait de nouveau avec lui dans son lit, et il ne trouvait que tardivement un sommeil généralement perturbé.

Heureusement, le printemps revenu, il vit arriver les fins de semaine avec plaisir, car le dimanche était le jour de promenade à l’extérieur des murs, en compagnie d’une infirmière accompagnatrice. Leurs pas les conduisaient souvent le long de la grande avenue Denfert-Rochereau. Il y avait là un chemin piétonnier bordé de tilleuls et de gazon. Les enfants pouvaient s’y déplacer ou jouer en toute sécurité. Le temps filait plus vite, et Christian aimait beaucoup cette nature apaisante. D’autres fois, ils allaient à la piscine, à une demi-heure de marche, et ils pouvaient s’y tremper les pieds quand le temps le permettait. Sinon, ils pouvaient jouer sur l’herbe dans l’enceinte fermée de l’établissement. Là encore, le grand air, le bruissement du vent dans les peupliers, la douceur de la température extérieure, celle de l’herbe odorante où il s’allongeait en fermant les yeux, lui apportaient un apaisement feutré dans lequel il arrivait à oublier sa peine.

Les semaines, et les mois passèrent. L’année scolaire s’achevait. Une année s’était écoulée depuis son arrivée à l’hôpital. Les vacances de juillet et août succédèrent à la sortie des classes sans changement notable dans les occupations de l’enfant. Mais son désoeuvrement  lui pesait de plus en plus, et son moral s’en ressentait. Septembre s’invita dans son ennui. Mais il voyait arriver avec intérêt la rentrée prochaine, car il avait découvert que l’école lui plaisait…

                                                                                                          A suivre…

Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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Samedi 30 septembre 2006 6 30 /09 /2006 09:46

L’attente (2)

Les jours passaient, trop lentement. Au début Christian s’ennuya ferme. Il se sentait très isolé, et sa nature timide ne l’encourageait pas à se lier. Il était tout entier à ses réflexions, qui tournaient dans sa tête, encore, et encore… Il finit par se faire des copains parmi les quelques enfants qui partageaient son attente. La plus grande des filles, âgée d’environ sept ans, l’avait pris en amitié, et l’aidait dans sa vie quotidienne. Elle aussi, cependant, restait de longs moments pensive et triste, et puis, brusquement, sa nature rieuse reprenait le dessus, et elle entraînait Christian dans des promenades vers les jardins de l’hôpital, derrière les bâtiments. La seule chose que Christian n’aimait pas était de devoir traverser des couloirs qui sentaient l’éther, et cette odeur particulière qu’il retrouverait plus tard dans les structures collectives où dormaient de nombreux pensionnaires. Mais les promenades au jardin le ravissaient, et l’aidaient à oublier momentanément sa situation. Parfois venaient des visiteuses dans le service de séjour des orphelins. Une femme jeune, célibataire, environ la quarantaine, apportait avec elle des menus cadeaux ou des sucreries, et lisait de temps en temps des histoires aux enfants. Et puis il y avait aussi une adorable petite grand-mère, très vieille, très courbée, toujours souriante, qui, très souvent, caressait les joues et les cheveux de ses petits protégés. Elle demanda un jour à l’infirmière du groupe, de la prendre en photo avec « ses » petits. Ces deux femmes apportaient toujours avec elles des rayons de soleil dans la grisaille des jours sans fin.

La température de l’air avait baissé, et les beaux jours s’en étaient allés tout doucement. Les feuilles des tilleuls et des platanes jaunissaient. L’automne était là. Un après-midi, Christian trouva sur son lit des vêtements repassés et pliés. La femme de salle lui dit qu’il les mettrait le lendemain sans lui en donner la raison. Cette nuit-là, il dormit très mal. Il était inquiet.

Au petit matin, il se leva un peu plus tôt que d’habitude, et après la toilette et le petit-déjeuner, il enfila sa tenue propre. La fille de salle le confia à une autre infirmière, qui l’entraîna bientôt dans la rue. Christian était à la fois content de retrouver l’extérieur des murs, et troublé de ne rien savoir de sa nouvelle destination. Mais l’attente fut brève. Après quelques minutes de marche, ils arrivèrent dans une cour d’école où se trouvaient déjà de nombreux élèves de son âge.
 Un monsieur souriant les accueillit et très vite Christian se retrouva seul dans cette foule, complètement effrayé. Une cloche retentit, et tous les enfants se mirent en rang devant l’entrée de la classe. Au signal, ils entrèrent. La classe était meublée de longues tables noires où huit élèves s’asseyaient côte à côte. A chaque place, un trou dans le bord de la table recevait un encrier de porcelaine. Ils se mirent derrière le banc et attendirent que tout le monde soit en place. Le maître de la classe fit alors un signe de croix, imité par tous, et une courte prière commença. Christian se contenta d’écouter, car cet enchaînement de mots et de phrases lui était inconnu. Puis ils s’assirent et une journée de classe commença. Il fallut à Christian quelques jours pour s’habituer, mais petit à petit, il prit goût à ses nouvelles occupations. Il se fit des copains rapidement, et oublia quelque peu sa tristesse.

De l’autre côté de la rue, il y avait l’église, monumentale, imposante, décorée sur les côtés de gargouilles effrayantes. Christian n’aimait pas trop les regarder, mais, avec ses copains, il lui arrivait de rentrer dans l’église pour voir le bedeau sonner les cloches pour l’angélus. C’était un spectacle à part entière. Trois cordes descendaient du plafond, chacune passant par un trou.

Le bedeau commençait par tirer sur les cordes l’une après l’autre, et son élan augmentait progressivement. Au début il ne se passait rien de spécial. Mais tout à coup, on entendait une cloche tinter, puis une autre, et encore une autre. Le bedeau relançait l’élan sur les cordes ; le volume et la fréquence des tintements augmentaient. Au plus fort de la sonnerie, le bedeau laissait sa main agrippée à une corde au moment où elle était à son plus bas niveau, et, devant les yeux écarquillés des enfants, il s’envolait pour un bond vertical de trois ou quatre mètres, avant de venir se reposer sur le sol. Ses spectateurs, subjugués, béaient d’admiration.

Un peu plus tard, le bedeau leur permettrait à tour de rôle de s’envoler modérément à leur tour vers le plafond, et de sentir leur cœur et leur ventre les chatouiller très fort.

Assez vite, Christian fut autorisé à se rendre à l’école et à en revenir seul. Ce fut pour lui une bouffée d’oxygène, car il ne se pressait pas à rentrer après le travail. Il aimait musarder un peu, et au lieu de rejoindre l’hôpital il partait quelques minutes dans la direction opposée, pas loin, où se trouvaient la rue commerçante et tous ses magasins pleins de trésors. C’était aussi la rue qu’il avait habitée avec sa mère. Deux magasins l’attiraient particulièrement : une boulangerie pâtisserie, avec ses gâteaux dorés, et une chocolaterie fine, plus loin dans la rue.

Il allait souvent jeter un coup d’œil sur la vitrine de la boulangerie, mais il en revenait toujours un peu déçu, car il ne disposait pas du moindre centime pour soulager sa gourmandise. Un jour, pourtant, alors qu’il s’était assis au bord du trottoir devant l’école, il découvrit, à sa grande surprise, une pièce dans le caniveau. Cinquante centimes qui brillaient à quelques centimètres de sa main. Une fortune pour lui qui n’avait jamais eu d’argent à lui. Il jeta un coup d’œil à la ronde. Personne. Il ramassa la pièce, et tout naturellement, se dirigea vers la boulangerie. Il entra le cœur battant, et d’une voix hésitante, demanda à la boulangère quelques macarons dorés et des bonbons pour compléter la somme. Puis il sortit avec ses trésors. Ce jour-là, il entrevit le paradis…

Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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Jeudi 24 août 2006 4 24 /08 /2006 16:45
La porte s’ouvrit lentement sur une religieuse. Il y eut un bref conciliabule, et la dame revint vers la voiture. Elle prit Jocelyne sur son bras, et dit à Christian de passer devant elle. Il arriva à la porte et leva les yeux vers la religieuse. Elle était revêtue d’une longue tunique grise serrée à la taille par un gros cordon tressé dont les extrémités pendaient sur le côté. Elle avait la tête recouverte d’une sorte de bonnet blanc encadré par un tissu blanc lui aussi, empesé, rigide, qui se cassait sur les épaules en forme d’ailes. Son visage plutôt âgé, allongé, aux traits fins, était empreint de bonté. Elle souriait. Christian fut frappé par l’énormité du trousseau de clés qui pendait à sa ceinture. Elle s’effaça pour laisser entrer le petit groupe, et referma la porte d’entrée. Christian regarda autour de lui. Il devinait déjà que cet endroit allait être sa nouvelle demeure.
Il se trouvait au bord d’une grande cour, d’une sorte de jardin d’agrément, bordé sur trois côtés par un large passage cloitré avec des colonnes. Le quatrième côté était l’envers du mur de la rue. Au dessus du passage couvert, un bâtiment immense s’élevait vers le ciel. Trois étages de pierre grisée par le temps, parsemés de grandes fenêtres en ogive, toutes fermées.Christian ressentit tout à coup la peur de l’animal pris au piège, une envie irrésistible de franchir de nouveau la porte de la rue. Mais il savait bien que ce n’était plus possible, et il se demanda en lui-même ce qu’il allait devenir.
Ils firent le tour de la cour pour se retrouver à l’opposé. Arrivés là, la religieuse confia les deux enfants à une fille de salle vêtue d’un tablier de toile bleue, et d’un fichu blanc. Puis la religieuse et la dame repartirent vers l’entrée. La fille de salle amena immédiatement Christian dans un grand dortoir d’une dizaine de lits, et lui dit : " Voici ton lit, et l’armoire dans laquelle tu pourras mettre tes affaires personnelles. Nous nous occuperons de ton linge. Tu peux ranger tes affaires maintenant." Et elle lui tendit le petit sac que la dame avait apporté avec elle.
 La jeune fille repartit avec Jocelyne sur son bras et Christian commença à ranger ses maigres trésors. Il eut vite terminé, et s’assit sur son lit. Il resta là quelques instants, se demandant ce qu’il pourrait bien faire. La matinée était maintenant bien avancée et l’heure de midi approchait. Soudain, Christian entendit un brouhaha à l’extérieur, et bientôt un groupe d’enfants entra dans le dortoir. Trois garçons et six filles, dont l’âge s’échelonnait entre trois et sept ans environ. Le groupe s’arrêta en découvrant le nouveau venu, et un silence pesant s’installa. Christian les regarda un à un sans rien dire. Il se découvrait soudain très timide. Puis la plus grande des filles, guère plus âgée que lui lui demanda comment il s’appelait. Il répondit d’un ton un peu hésitant. Elle le prit par la main, et lui dit : "Viens. On va au réfectoire." Il se laissa entraîner, et bientôt il se retrouva à table avec les autres, dans une pièce aux dimensions modestes. Une cantinière apparut portant un empilement de grandes gamelles retenues latéralement des deux côtés par un montant métallique qui servait aussi de poignée. L’odeur de nourriture lui paraissait engageante. Aussi se laissa-t’il aller à penser qu’il ne tarderait pas à s’habituer à ses nouvelles conditions de vie. Mais une question le taraudait déjà : Où était Jocelyne? Allait-il être séparé de sa deuxième sœur ?...

(à suivre)
Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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Mardi 8 août 2006 2 08 /08 /2006 16:53

Quelques semaines avaient passé. L’été finissait. Un matin, une petite voiture s’arrêta devant la maison. Une dame en descendit et vint frapper à la porte. La gardienne ouvrit.

La visiteuse était de petite taille, avec un visage un peu lunaire sous un chapeau rond à large bord, légèrement incliné sur l’oreille. Elle portait un long manteau gris à ceinture. Un bref dialogue s’engagea. Christian comprit confusément pourquoi il s’était levé plus tôt que d’habitude, et pourquoi la gardienne leur avait passé, à lui et à sa sœur, des vêtements propres.

Un sac rebondi était posé sur une chaise du petit salon. La gardienne embrassa Christian et Jocelyne avec un regard triste. Puis la visiteuse passa le sac sur son épaule et, prenant le garçon par la main et la petite fille sur l’autre bras, les entraîna vers la voiture. C’était la première fois que Christian montait dans une automobile, et il était émerveillé. Il ne pensait déjà plus à ce qu’il venait de quitter. Il ignorait qu’il ne reviendrait plus là.

Le voyage fut très bref. La voiture descendit la longue avenue, puis tournant à droite et encore à droite, passa devant l’Ecole des Sous Officiers, et s’engagea dans une rue étroite, bordée sur environ cent mètres par un très haut mur de calcaire sombre. Elle s’arrêta tout près d’une porte de bois massif ancien, et appuya son doigt sur la sonnette. Les enfants étaient encore dans la voiture, et Christian , voyant tout cela se demanda avec appréhension ce qu’ils allaient devenir.

(à suivre)

Par Chris - Publié dans : Histoires d'avant
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